Image prise chez algosophette
Erik maintenant il est grand. Il est parti de chez Marie depuis bien longtemps.
Il cherche des maladies à guérir avant l’enfant, dans des œufs de mouches; il semblerait que les mouches c’est un peu comme les humains….
Il fait des conférences; il parle toujours en anglais; il est très connu… Il paraît.
Il vit dans l’immense jardin de beau-papa et belle-maman, avec sa femme et ses deux enfants. Dans la neuve maison construite pour eux.
Tellement neuve depuis tant d’ans, que l’Anonyme n’en a ni le numéro de téléphone ni même l’adresse; même pas un bout de photographie.
Et puis qu’est-ce qu’elle en ferait, elle, sans fils pour la voix ou l’écriture; sans vrai souvenirs à relier les uns aux autres?
Elle a juste, ça aussi Chien le sait, posé à côté de la malle aux secrets, un joli cartable de cuir. Neuf. Un cuir roux, doux, plein de vieilles poussières. Tout neuf.
Chien avait vite compris qu’il n’avait pas le droit d’y poser son nez à reniflures.
Il sait quand même. Une fois suffit, avec les animaux.
Cartable cadeau de Noël qu’Erik n’était jamais venu chercher….
Elle grince l’Anonyme, en allumant la petite loupiote rouge des matins déjà trop froids dans le nez quand on respire. Elle grince et gémit un peu; un peu plus que les autres matins: ses mains
sont écaillées du rouge de l’eau trop froide à laver les escaliers des autres: ça brûle, ça craquelle; et puis il y a ses os, trop raides et ridés de travail.
Mais juste là, en plus elle s’est réveillée avec une image: son brun Erik grand qui regardait partout sauf vers elle.
Peut-être riait-il un peu?
Des fois, même, elle se demande s’il lui appellerait l’amour les gestes et la tendresse, en cas de malheur?
Chien l’a aidée comme il a pu avec son regard sur elle: Chien lui a souri. Mais elle n’a pas vraiment vu, la vieille; toute empêtrée de mémoire soudaine; de mémoire sans chemin où aller et venir en
souvenirs.
Chien n’ose pas s’approcher trop et donner un rapide coup de langue (presque pas, tu vois… juste pour effacer) à l’eau qui brille depuis l’œil enfoui, perdu dans le trou gris de tous les silences,
et cette vieille et dure ride, là, au coin du silex de la lèvre de son Anonyme.
… Elle l’aurait envoyé valdinguer d’un coup de patte habitué de solitude; c’est sûr!…
L’Anonyme ne gémit plus.
Sa bouche ne fait même plus le trait vivant du visage.
Elle grince ses os sur la descente rude de sa soupente.
Pour une fois Chien n’est pas en bas à l’attendre, regard levé, moignon de queue frémissant: il est encore le cul sur le monceau de couvertures du lit par terre; à pleurer dedans en silence.
Pour elle.
Pour toutes ces larmes pas vomies; dans tout ce temps jamais crié, même pas dit, de l’Anonyme. Seule. Vieille.
Ut le 04/11/2009
Par Ut
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Photo pisani.blog.lemonde.fr
Un jour je te le dirai nous deux…
Je déviderai tes lèvres ta voix ta peau tes yeux.
Ce sera après le jour de la vraie distance
Après nos deux corps après nos deux chants
A l’errance écarquillée de cet ancien Un.
Je t’écrirai enfin…
(Souffrance)
Et je quenouillerai souffles et murmures
Et je filerai les mots amour si sûr
uns à uns
caresses enchevêtrements embrasements fous
au fil de soie vieux de Nous.
A l’encre
A l’horloge craquée du manque
Un jour de brume.
Un jour seule à la plume.
Ut le 02/11/2009
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