Annonce Connivences
ConnivencesJ'ai pensé (parfois je pense) qu'on pourrait aussi écrire anonymement: un faux pseudo; une adresse mail que personne ne connaît ;)
"D'abord commencer par le plus
urgent:
Connivences
Il sent le bois et l’ambre.
Il parfume le lit froid de solitude.
Chien peut te raconter que quand Mistral courait, fouissait, suait par tous les pores de l’air l’hiver, aux noirs temps de la nuit, ces temps où les malades vont plus mal, où les égarés de la
terre meurent, ces temps glacés de peurs où même le rêve ne soulève plus l‘âme; ces temps, souvent, réveillaient l’Anonyme.
La sous-pente sentait juste le froid tellement grand que le noir en était comme étiré, éclairé. Même Chien grelottait sous son poil raz enroulé tout contre les pieds vieux et usés de tant de pas de vie de l’Anonyme.
Alors elle marmonnait, bougeait, craquait, désenroulait ses monceaux de couvertures, et tirait à elle, et enfilait, vite, furtif, un vieux chiffon banc réparé, rapiécé, usé, déformé, qui avait dû être un vêtement de coton, encore tout taché de peinture, qu’elle gardait toujours à portée de ses pauvres nuits sur le matelas de son lit.
Et Chien ne pouvait pas le nier: l’odeur de la pièce alors muait, chantait un air de musique basse de bois et d’ambre colorés de vert, appuyés de noir, qui parfumait le froid de leurs deux solitudes.
Et la vieille ne marmonnait plus, ne bougeait plus, recroquevillée jusqu’à son maigre nez tout contre le tissu. Et
quand elle se rendormait, Chien voyait bien qu’elle ressemblait alors aux enfants fous de tous les amours du monde…
Elle enfin au centre; et la lumière partout autour.
Ut le 17/10/2009
Il
Il a surpris, croisé son regard triste.
Il en aurait presque oublié tous les autres regards qu’elle ne lui donnait plus; tous les mots blessants ou tus… toute cette éternité sans lui, ce long quotidien de vie qui avait tué leur amour.
Mais vite il perd le regard triste et tout ce qui rôde autour…
il est tellement heureux!
Il ne vit plus que pour, par la redécouverte du chant que plus rien, il le sait! ne pourra lui enlever: le chant épanoui de son Rêve; l’accomplissement des couleurs de son intime. L’autre et lui-même... sa Seule.
Il ne peut même pas croire que le bonheur a un prix. Qu’il faudra payer; qu’il lui faudra bien s’acquitter.
Elle
Mais elle, elle, elle le sait. La femme sait toujours.
Elle qui croyait que depuis tout ce temps le pouls de leur vie avait pris le rythme….
Alors elle est là à s’interroger:
Va t'elle réapprendre à l’aimer; au souvenir duo de leur mémoire?
Ou va t’elle enfin le détester pour ça?… Sans oublier tout le reste, tous les ans, tous les incompris; toute la vieille pourriture du temps las.
Haine!
Elle sait et elle ne veut rien savoir; parce que ce n’est pas encore prouvé, assuré, déclaré… dit…
Et pourtant elle sait que c’est là… Et depuis si longtemps… depuis le temps de l'indifférence de prendre soin.
Eux.
Il leur faudra bien en payer le prix; s’acquitter de l'heureux sur l’oubli.
Ut le 15/10/2009
Il est grand, fin, blond.
C’est un humain:
Il en a l’allure, les yeux, le sourire, le rire.
Un peu trop loin dans son fauteuil.
Elle est petite sèche et brune
Toute en angles dans le fauteuil
Le grand fauteuil pas assez loin.
Elle n’a presque pas forme humaine
Avec cette bouche close sur le trou de ses mots
A taire le silence.
Les mots.
Ils sont là tous les deux dans la pièce close
Tous les deux pour ses mots.
Elle qui ne sait pas dire.
Lui qui attend provoque et souvent la choque.
De telle sorte que ça lui poignarde le ventre.
De telle sorte que les larmes n’ont plus d’eau
Juste la ride sèche du ru que raconte son visage.
De telle sorte que sa bouche à elle
Enfin tord les mots tus
Ou bannis ou si crus.
Les vrais mots pour dire les vraies choses de dedans
Ou les autres d’elle qu’elle cache dedans.
Et disloquer enfin le silence de tant d’années de souffrances.
Ut le 14/10/2009
Dans sa mezzanine, ce rectagle d'ombre qui lui servait de chambre, l'Anonyme avait un vieux coffre
rond. Le petit chien noir et blanc l'appelait l'armoire à secrets.... et ça faisait bien longtemps qu'elle ne l'ouvrait plus.
Peut-être même qu'elle l'avait oublié.
Une seule fois Chien l'avait vue l'entre bailler: c'était tout au début de leur vie ensemble, quand il ne lui était pas encore une présence pour de vrai; qu'elle le laissait vivre sur ses traces
sans plus s'occuper de lui; un peu comme une chose de poils à qui elle refilait, avec à chaque fois sur les lèvres les mots qui craquelaient la douleur du dos si bas courbé, ce qu'elle se privait
de son repas le soir.
Chien lui, n'oubliait jamais rien.
Ni ces festins trop maigres; ni l'amoncellement de jupes et d'os qui lui donnaient pour rien, juste parce qu'il était là; ni ce que contenait la malle, surtout le soir, quand il s'allongeait
entre elle et le matelas de l'Anonyme posé par terre.
Et à chaque fois cette malle avait l'odeur des temps un peu moisis, comme la toile rouge vieux fixée dessus avec des baguettes de bois, perlées du passage des petits animaux qui habitaient
là.
Chien savait le contenu de la malle: tous ces papiers, tous ces cahiers, tous ces carnets; tous mangés d'une petite écriture fine et penchée, qui n'en finissait pas de courir.
L'écriture remplissait la malle.
La malle enfermait l'écriture.
L'Anonyme avait bouclé au pied de son sommeil, sous les ferrures vieil or, la mémoire des mots tus à jamais.
N'empêche.
N'empêche que ce soir là justement, alors que l'Anonyme faisait à peine une bosse sous les couvertures dans tout ce froid qui à nouveau arrivait si vite la nuit; ce soir le petit chien noir et
blanc avait bien entendu, malgré les dents qui manquaient; malgré l'usure de la voix qui ne disait plus; malgré tout ce noir qui étouffait un peu:
"Pour que tu n'oublies pas je découperai l'encre. Et j'accrocherai tout cet amour comme des bandelettes dans le vent de tes cheveux."
Et puis plus rien.
Juste le silence qui soulevait à peine les couvertures.
Chien soupira. Sa grosse tête noire et blanche se posa lourd sur ses pattes de devant.
Et ses yeux grand ouverts restèrent dans la nuit à veiller le fragile de son Anonyme.
Ut le 13/10/2009
Paravent Christian LacroixOn dirait que son sang coule à peine, tellement elle est blanche.
Et même la poudre sur les rides ne dessine pas son visage sous le chignon fou à bandeaux de brun-or.
Elle est une apparition belle comme le temps ancien; comme si le monde était trop pressé sur lui-même pour lui faire place à elle, si grande, si droite, si fière; et si vieille.
Elle marche sur des bottines noires à talons aiguille, et dans une robe fuseau brun-vert lacée de grands nœuds aux chevilles, pour faire comme des pétales sur ses jambes fines.
Le monde, les micros, la télé, elle s’en fout; le vernissage, elle s’en fout:
Elle cherche le bon angle, le beau noir, le blanc qui respire; la photo vraie qui parlerait.
Elle est tendue sur l’expo’, regarde.
Elle est regardée.
Elle est le chef d’œuvre de la soirée, et son parfum la signe.
Ut le 12/10/2009
Image: www.replikulte.netC’était un tout nouveau, tout petit commerce de fringues dans la basse ville de Toulon, qui posait ses mannequins de bois dehors, dans la rue piétonne, pour gagner de la place.
C’était un petit dogue noir et blanc, qui pissait-promenait dans le coin.
On lui avait appris, alors il ne pissait pas sur les pieds des mannequins debout dehors.
Il pissait sur le coin du mur.
C’est un coin de mur qui fait l’angle avec le pavé des souliers, et une vraie rue qui trace toutes les humeurs des quatre pattes; un coin de mur noir de toutes les pisses de tous les chiens du
coin.
C’était enfin, le nouveau commerçant du magasin de fringues, qui un jour s’est posté devant le mur, à côté du coin à pisser pour les chiens.
Et il demande à chaque maître de chien qui pisse sur le coin du mur, à quel adresse il habite, afin que lui aussi aille pisser sur leur mur.
Il faut te dire que Toulon est plein de pisses d’hommes, ou d’hommes qui pissent; dans tous les coins.
Ca ne m’a donc pas trop étonnée que le commerçant tenant le mur puisse pisser dehors; comme un chien.
Je lui ai quand même demandé pourquoi il n’avait pas de chiotte à homme dans son magasin? Et que si il avait un chiotte à chiens, on pourrait essayer, s‘il vous plaît?
C’est le dogue noir et blanc à qui je n’ai rien dit de l’aventure, bien sûr, qui aujourd'hui passe tête haute entre les jambes du marchant, rase fièrement le coin de mur … et pisse deux trottes
plus loin, en montrant son cul au commerçant qui tient le mur.
C’est un tout petit, tout nouveau commerce de fringues dans la basse ville de Toulon, qui pose ses mannequins de bois dehors, dans la rue piétonne, pour gagner de la place; et sur sa porte vitrée
c’est marqué: «local à céder».
C’est un commerçant qui tient le mur du coin, et qui me hait; ça c’est sûr, parce que c’est pas bien, mais moi chaque matin j’ai un grand rire, en voyant le commerçant tenir le mur et regarder
pisser mon chien…
Ut le 11/10/2009
L’amour vieux a la couleur des tremblements aux mains ridées qui se cherchent.
L’amour vieux trottine en duo sans faire de bruit: il est tellement habitué à eux deux qu’il n’a plus besoin de dire.
L’amour vieux se promène le visage nu, rides offertes et un peu pâlottes de tant de temps; il regarde par terre en boitillant les ans courbes, accroché l’un à l’autre car chacun est sa corde de rappel; la corde d’escalades du vieil amour jeune.
L’amour vieux n’a même plus besoin de se servir des autres comme prétexte à son existence: l’un est le miroir de l’autre; leur vie à deux le réceptacle.
Ménopause, andropause et tous les ratés de zizi et de tromperies, et toutes les larmes et les cris, et toutes les errances, tous le temps du jour le jour qui écrase l‘âme et oublie les mots indispensables, il les a passés; et ça fait les nœuds de la corde pour s’agripper mieux; ne jamais se perdre.
L’amour vieux se connaît par cœur et pourtant ne voit que jeunes gens au bord de l’espoir dans les yeux.
L’amour vieux se ratatine dans le lit le soir et grinçouille au matin. Mais les baisers qu’il met sur leurs fronts en éclats de passé tendre sont leur veilleuse de vie.
Veilleuse accrochée au goutte à goutte de la transfusion quotidienne de l’amour vieux.
Mon amour, si brillant et si fort; de si loin nous ne serons jamais ensemble
...d’amour vieux.
Ut le 10/10/2009
Dedans.
Quatre heures trente un matin.
Ce n’est pas que la rassurance du chat.
Ce n’est pas que la respiration des deux corps apaisés.
C’est le vent.
Le vent pose sur le toit un bruissement de feuille
Craquelle l’ample nuit d’automne.
Le vent
Le vent frise ses bruns aériens
Ses airs transparents
Et peint si fort dehors, qu’il la réveille.
La fille d’âge.
Alors c’est le chat qui ronronne
Pour apaiser le vent dans son sommeil à elle;
Mais sa respiration change déjà:
Elle écoute le vent.
Le vent
Quatre heures trente un matin
La rassurance du chat arrondit la chambre.
Le corps réveillé prend l’encre et le papier
Et capture le vent pour l’écriture du bruit qu’il raconte.
Dehors.
Ut le 08/10/2009
Oeuvre de Georgia O'KeefeTu dessines formes au désir.
Tu encres l’arc de la jouissance.
Tellement!
Et moi j’ai le sentiment de rester sur la berge de la tristesse;
des infinies solitudes du net.
Parce que je suis femme corps brûlant de tes mots caresses;
de tes mains murmures écrits.
Je suis femme et ne peut que ventre pleurer
quand ta parole ne nait
sous la main, sous le regard sur moi.
En moi.
J’ai une faille qui prend feu dedans
Et cette faille c’est ton visage absent.
Ut le 08/10/2009
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