Annonce Connivences
ConnivencesJ'ai pensé (parfois je pense) qu'on pourrait aussi écrire anonymement: un faux pseudo; une adresse mail que personne ne connaît ;)
"D'abord commencer par le plus
urgent:
Connivences
Petit matin glacé, frileux sur l'humide de la nuit...
L’autoroute grise et vide glisse vers un ciel large et blanc.
Pas d’autre horizon. Pas d’autre son que le feulement des pneus et de l’air.
Je conduis. Elle est assise à côté de moi; les yeux trop grands, trop étirés sur la peau tendue de son visage
pointu; ce vieux visage d’enfant. Ses cheveux d’or bun sont tirés en queue de cheval.
Elle serre à s’en blanchir les phalanges trois énormes sacs en plastique posés sur et autour d’elle: la «cantine», qu’elle a économisée sou à sou depuis qu’elle sait qu’il est là-bas; depuis qu’elle sait comment ça fonctionne: je la conduis à la Farlède, au centre pénitentiaire où vit son amour depuis quelques semaines. Quelques semaines sans
qu’ils se soient vus, entendus, écrit. Des semaines de pleurs et de frénésies hurlées après un stupide contrôle routier: il roulait sans permis; ce
n’était pas la première fois.
Il était parti dans la voiture de police; elle était restée au trottoir du rond point, seule avec son téléphone portable et moi au bout.
Pette salle.
Chaises, chevalets, petites tables.
Lumière.
Au centre, une table plus grande.
Odeurs de toutes les peintures, de toutes les couleurs, de tout ce qui sert aux mains à caresser le papier.
Elle fume; j'entr'ouvre la fenêtre. Dehors il fait une odeur de feuilles mises à sécher sur du vent.
Je la regarde: elle grelotte presque spasmodiquement.
«Tu crois qu'il va vouloir me parler? Tu crois qu’il m’en veut de lui avoir demandé de prendre la voiture ce jour là, juste ce jour là, pour aller visiter l’appartement?»
Tout un chapelet doux de projets à la poubelle...
Je lui réponds que non. Qu'il l'aime.
Et le silence s'entend quand elle renifle.
Posée sur la table, un modèle.
Nu.
Une jeune-fille fine, et ronde malgré tout.
Pas un de ses doigts ne bouge. Elle a attaché serré ses longs cheveux blond vénitien. Elle est concentrée sur le corps arrêté; sur la pose.
Au bout de l’autoroute elle me guide: elle a fait seule les démarches pour avoir enfin une autorisation de parloir; aujourd’hui elle connaît Toulon et la Farlède, tous les bus qui y vont et en reviennent, tous les horaires, tous les tarifs. Elle me psalmodie ces milliers d’heures à courir entre l’avocate et la prison; la prison et la Mairie pour le certificat de concubinage; ces portes closes; ces regards qu’elle a dû affronter pour avoir le droit d’être là, maintenant, une femme de détenu.
.Dans la rase zone industrielle de La Farlède, elle me dit qu’il faut qu’elle fasse pipi; qu’elle boive un café. On s’arrête. Il n’y a que des hommes dans le café-pâtisserie. Ils nous regardent et savent où nous allons. Ils ne nous regardent plus.
Le café a un goût d’aube sale. Debout dehors on fume elle et moi.
Elle se serre dans son petit manteau blanc, de plus en plus maigre et transparente; de plus en plus belle au bout de son regard vert qui tremble.
Et dans l’air ça parle de rondeurs et d’angles; ça grignote, gigote le papier des couleurs du
corps.
Et il y aura un autre matin à autoroute trop large; et il y aura un autre parloir au vide creux d’un espace bétonné de gris, enfermé sur lui-même. L’herbe autour de la prison ne sera pas de l’herbe, juste un peu de gris-vert parsemé aux parkings. Le ciel dessus ne regardera même pas le temps.
Il y aura des voitures partout, des immatriculation du Nord au Sud de la France.
On entrera par l’accueil, une pièce en peinture
fraîche, bourrée d'enfants et de femmes en tenues de Dimanches. Là, de silencieuses bénévoles offriront un café à toutes ces filles à enfants qui parleront de peines, de parloirs, et de numéros
d'écrous.
Elle sera là pour annoncer à son aimé qu'hier la mère était morte… qu'elle avait voulu se lever du lit; s'était cognée; était retombée.
Elle sera blanche, elle sera seule au monde, tout au bout de son regard vert qui tremble.
Ils racontent l’histoire de ce
corps
Ils croquent sa parole...
Les peintres.
Ut le 06/10/2009
Pette salle.
Chaises, chevalets, petites tables.
Lumière.
Au centre, une table plus grande.
Odeurs de toutes les peintures, toutes les couleurs, tout ce qui sert aux mains à caresser le papier.
Posée sur la table, un modèle.
Nu.
Une jeune-fille fine, et ronde malgré tout.
Pas un de ses doigts ne bouge. Elle a attaché serré ses longs cheveux blonds. Elle est concentrée sur le corps arrêté; sur la pose.
Et dans l'air ça parle de rondeurs et d’angles; ça grignote, gigote le papier de couleurs du corps.
Ils racontent l’histoire de ce corps.
Ils croquent sa parole.
Les peintres.
Ut le 06/10/2009
Mhute comme un coucher de soleil
Derrière elle.
Désir du plaisir tu; burqa sur ses yeux et ses sens.
Surtout ne pas regarder derrière.
Mhute la fille à maternités, fruits d’un jouir barricadé.
Mhute dans l’amour comme pour les rêves: à écouter les merveilles des âmes; à photographier des épanouissements de corps
Sauf le sien.
Mhute pas plaisirs; Mhute pas conscience de la jouissance; Mhute pas le dire des actes et des intimes.
Mhute cœur à corps mais jamais corps à corps.
Mhute et son ventre endolori de toutes ces blessures sexuées des hommes à cornes; à poignards qui violentent ses cris tus sur la souffrance de s’ouvrir.
Mhute plaisirs solitaires qui jamais ne vont jusqu’au bout de ses doigts.
Mhute sur talons aiguilles, sexes pointus qui martèlent ces autres sexes: ceux qui regardent ses jambes voiler dévoiler l’impur.
Mhute aux yeux noirs comme l’espoir; mais flèches à trucider le mâle qui approcherait pour le lui dire…
Mhute fanée et vierge.
Mhute qui ne l’a pas laissé pénétrer
… la splendeur d’un coucher de soleil est resté derrière elle.
Surtout ne pas regarder derrière.
Ut le 05/10/2009
Mes amis, hier j’ai acheté la cafetière du pauvre…
9 €!
Parce que ma cafetière de pas pauvre n’avait plus de broc:
Cassé dans l’évier, sous l’eau.
Et, parce que les broc seuls coûtaient 12€,
J’ai acheté une cafetière à 9€.
Et toute contente, je l’ai transportée, déballée, installée,
Comme l’autre: sur le frigo.
Ca aussi c’est une place de pauvre:
Ca veut dire qu’il est tout petit mon frigo.
Et je lui ai passé 3 réservoirs d’eau comme dit dans la notice … du pauvre:
½ paragraphe en français de techniques mots.
Ah ben… j’ai tout de suite compris, O pôvre!
Cafetière unie blanche, comme le frigo;
Porte filtre blanc, qui ne ferme pas trop;
Goutte à goutte blanc, qui ne colle pas au broc…
Et puis tellement léger, tout çe blanc plastico,
Qu’elle a bien failli 3 fois glisser du frigo
Ma cafetière pauvre…
A manipuler avec des gestes chirurgicaux!
… Au réveil, c’est pas si évident, les yeux mi-clos….
Ainsi quelle ne fut pas le bonheur de ce matin tôt:
Humer, regarder, déguster
Mon café de gosse de riche déchue, perdue de la société haute,
Vaincue par la misère des nouveaux pauvres…
Ce liquide d’ambre-jais; café si chaud, si bon, si beau!
… Dedans mon vieux grand bol ébréché blanc… de pauvre;
Sur ma petite table blanche Ikéo
De passés moins pauvres;
Dans un cheveu pâle d’or blanc: soleil matin dominos
A ma fenêtre tout en haut,
Tout en haut sous les toits du petit appartement blanc… si chaud!
Moi, pauvre?
Grand éclat de rire pour Carouf et ses promos….
J’étais la reine d’un réveil, blanche magie vêtue de noirs oripeaux
Tellement, tellement beaux!
Ut le 04/10/2009
Il fait trop tôt pour se lever ou rentrer du boulot.
Alors il n’y a qu'elle; qui sait (comment d’avance sait-elle ces choses là?), et qui regarde les deux fourgons silencieux, blanc-rouge, gyrophares éteints, accroupis sur le pavé de la nuit.
Petite vieille en robe et chemise de nuit, à contre lumière de la pièce électrique derrière; accoudée vers rien que le vide sans bruit, sans gestes, d’une ville la nuit.
Elle attend. Elle attend longtemps que médecins et brancardiers roulent enfin à son regard (et c’est toujours trop vite!), le but impensable, la fin inconcevable; celle qu’elle sait pour elle plus tard (mais pourquoi aussi moi mon Dieu?) …et peut-être pas si loin:
La presque mort blanche exsangue, les yeux déjà fermés, à glisser dans un couloir de mouroir.
Ou bien la vraie mort close, enfermée, cachée dans le linceul à glissière des urgences; dernier drap avant l’oubli, le non sens.
Ca a duré si longtemps l’attente, dans tout ce silence, toute cette absence, toute cette nuit, et même pas d’aube pour un peu de compagnie… que la vieille femme a décroisé ses bras de son corps
appuyé et meurtri de vie; a fermé ses volets sans bruit.
Et maintenant je ne vois rien de plus que l’ombre close d’une fenêtre anonyme au-dessus de deux fourgons blanc-rouge accroupis sur le pavé de la nuit.
Il n’y a même pas une odeur de souffrance.
Ut le 02/10/2009
Imagine un portail en fer forgé, vert, arrondi sous sa voûte de pierres.
Puis le crissement des pneus sur les gravillons, à pénétrer l’allée des grands arbres.
Imagine qu’on se gare à l’ombre, presque dans les oranges tombées du verger; sous l’énorme poivrier.
On marche vers le château; j’ai mit mes hauts talons pour l’occasion, sans savoir…
On grimpe l’escalier demi-lune, on salue le lion de pierre assis sur son derrière, sur le vieux carrelage de la verrière, en haut des marches.
On entre.
Vide; c’est vide à parquet usé, à vieux comptoir délabré; mais il y a des bruits de conversations, des petits coups de marteaux.
On accroche une dame qui attend aussi. Elle est avec son gros homme de mari qui lui dit qu’ils s’en vont; qu’ils n’auront pas le temps d’attendre une place.
A cet instant une petite femme d’âge, maigre et à peine coiffée, tire une grosse table de la pièce de droite, celle d’où proviennent les bruits d’outils. L’immense porte à deux battants laisse passer la femme qui pousse et qui tire et qui porte… et qui nous dit: «C’est pour vous; venez vous asseoir».
Nous sommes dans un restaurant! Un peu ébahies tout de même, nous promenons, de pièces en pièces; de vieux parquets à vieux parquets; de peintures et fresques aux plafonds à portes-fenêtres à vitraux; à leurres de poissons séchant des cascades de couleurs vernies aux murs.
Nous nous asseyons dans une pièce proche de l’entrée, face à face, à la table apprêtée pour nous; il y a trois tables, loin les unes des autres. Des gens y mangent et discutent, ne prêtent pas attention.
Une autre salle donnant sur la véranda, sur le jardin, est occupée de femmes et d’hommes en chemises cravates; genre habitués.
Au fil du repas des tables de toutes formes seront rajoutées dans notre salle à manger... Je ne les verrai qu’en entendant des gens parler tout près…
Pour l’instant notre conversation fait juste le bruit pour nous seules; notre dégustation prend nos ventres, nos désirs.
Dire que mon amie m’avait juste écrit: «Viens. Surprise, surprise»…
Nous avons mit deux heures à manger et discuter; discuter et manger. Deux heures à petits bonheurs de filles.
Mon amie a réglé; même pas le prix que j‘aurais cru pour moi seule…
Alors nous avons commencé à tout photographier avec nos téléphones portables, y compris les leurres à poissons et le lion dans sa verrière.
Puis nous sommes parties promener dans le parc, prolonger le plaisir. Un parc à profusions; à senteurs; échevelé, sans aucun sens; sauf la salle à manger d’été, vide de ses tables et de ses convives, saupoudrée d’une terre de sienne faite d’écorces, de feuilles et de gravier.
Nous papotons encore, assises sur une vieille marche de pierre, quand Monsieur le châtelain, propriétaire du restaurant et occupant de l’immense demeure nous approche, nous zieute d’un regard pétillant de noir derrière ses lunettes rondes, et dit: «Venez».
Rien que les yeux et la voix, moi je viens!
Il nous fait faire le tour du parc, et derrière, à droite, toute cachée par le château et un immense rideau de verdure, il nous ouvre une porte de jardin: nous pénétrons sur une mare, sur le bois à pilotis, sous les lampions éteints, le long de baraques bariolées qui cerclent l’eau verte aux canards, aux branches d’eau d’un grand arbre comme une île.
Le petit homme brun, le châtelain, nous dit que c’est ici que les soirées d’été ses amis sont conviés à manger…….
J’ai ramené du poivre vert, violet, brun.
J’ai fait un bouquet sur ma bibliothèque; il s’appelle «La Coquette»… et c’était hier, en plein Toulon!
Il les mange aux sueurs de ta peinture: il trempe tes doigts de couleurs, et tapote le sombre; exhume les caresses du
coeur chu; transpose les gris en noirs; ouvre l'espoir des blancs; danse les verts, les jaunes, les bleus, les ocres aux roses; qui s'affrontent et se fondent; et s'alliancent.
Il déchiquette la mort en petits mouvements de plume, en effilés légers;
pour soulever l'ombre, s'apaiser lui-même; gagner l'équilibre.
Grand oiseau.
Il cherche, il cherche; et transforme; et déforme; et construit, bâtit... Tombe... recommence...
C'est fou ça, comme tu manges nos peurs, éclate nos douleurs; exaltes l'escalier de soi; la couleur de soi.
Comme tu effleures l'horreur; presque l'efface.
Et puis tiens le fil; et tends l'écheveau; et tisses et tisses ton Art de toi à moi;
à nous.
Toiles de Monsieur Fernando Bronchal-
Tilk
Ut le 01/09/2009

Dans une valse du bal
Un deux trois, Bonheurs
Y a toujours un crève cœur qui vient balayer l’bonheur;
Ya toujours un éclat qui coince et qui grince et qui pince l’cœur.
Parce qu’y a toujours l’ample de not’e danse,
Couleurs douceur, rondeurs chaleur;
Tes bras pis tes jambes, ton corps à mon cœur.
Et pis y a toujours une p’tite blondeur
Un regard dessus dessous, voyeur.
Contre temps épié de la valse.
La pie blondeur à vider mon coeur
Sur un deux trois, perdue la valse.
Et rayé le carnet de bal.
Et perdu, éperdu mon bonheur.
Elle fait mal la p’tite blondasse,
Et ton regard en retard d’un temps, deux temps, qua’t temps.
Il fait mal ce p’tit éclat qui coince et qui grince et qui pince
Tout l’temps!
Et à chaque bal que je pleure,
Parce que t’étais bien le seul
A écrire dans mon petit, tout petit carnet de bal….
Ut le 30/09/2009
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