Annonce Connivences
ConnivencesJ'ai pensé (parfois je pense) qu'on pourrait aussi écrire anonymement: un faux pseudo; une adresse mail que personne ne connaît ;)
"D'abord commencer par le plus
urgent:
Connivences
Chez Fickr
Orée de jour.
Rappel d’hier:
Nage gélatine, translucide;
Comme si l’eau s’était épaissie: bleue dessous; verte dessus,
à cause du mélange palette mer-soleil.
Pinceau de gris de nuit.
Sommeil imprécis.
Orée de jour.
Tête floue, douloureuse, même aux penchers doux.
Corps saoul, gourd et lourd.
Mains tremblées, à peine, juste assez pour renverser un peu de café.
Couleurs vapeurs-sueurs.
Fièvre.
La pluie de ce matin va abîmer la toile d’eau d’hier; la trouer par millier.
Ut le 02/09/2009
Magnifique illustration prise chez: http://www.drame.org
Marie découvrit l’Anonyme un matin vers cinq heures, alors qu’elle ouvrait la porte pour aller chercher du
linge qui séchait sur l’étendoir du palier: les enfants n’avaient plus rien de sec et propre avec
l’hiver; avec cette pluie; avec sa maladie surtout.
Alors Marie s’était levée très tôt pour poser sur un radiateur quelques culottes et chaussettes, pour qu’ils soient secs au lever des petits.
En ouvrant la porte elle se trouva, dans le froid figé de noir de la cage d’escalier, face à une forme grise qui se redressait en tournant lentement sur elle-même.
Marie n’avait jamais peur; c’était un truc qu’elle avait décidé une fois pour toutes pendant sa dernière grossesse; sous les poings de son amour.
Elle vit un fichu à franges, puis une serpillère qui dégoulinait sur des espèces de chaussons de feutrine. Son regard remonta de la serpillère jusqu‘en haut de chiffons accumulés, jusqu‘à ce qu‘il se cogne à deux épines noires et brillantes sous le fichu, fichées dans des orbites couleur de terre.
Il n’y avait aucun bruit, aucune lumière, aucune odeur; juste cette faille comme un malheur à portée de bras .
Pour agir sans crier, pour pousser le cauchemar en dehors d‘elle, Marie appuya d’instinct sur la minuterie: ces yeux étaient un vide qui la transperçait.
Ce fut exactement à ce moment là que l’anonyme se retourna et descendit les marches à une vitesse incroyable… elle boitait et pourtant on aurait dit qu’elle glissait d’une marche sur l’autre, sans un son, sans même un déplacement d’air. Seules ses jupes flottaient un peu à chaque frôlement avec le sol.
Marie entendit la porte du bas claquer. ..et puis plus rien qu’une frayeur en désordre dans sa tête….
Elle en avait oublié les culottes et les chaussettes; elle en avait oublié qu’elle ne craignait rien ni personne.
Elle rentra dans l’appartement, tremblante; verrouilla la porte à deux tours de clé; et se fit un très grand bol de café pour calmer tout ça.
Marie savait bien qu’elle venait de rencontrer la femme de ménage de l’immeuble; et elle se disait Pauvre Femme.
Mais pourquoi en avait elle frissonné longtemps, seule devant son bol blanc, dans la pénombre des lumières indirectes
de la pièce?
Ut le 01/09/2009
J’ai su une petite femme de pierre
Une petite flamme d’argent.
L’avait les yeux clairs,
Son enfance en bandoulière
Derrière.
L’avait marché si longtemps
L’avait scintillé si souvent.
Assis tant de corps
Illuminé tant d’efforts.
Bêché les âmes de l’aube au soir
Brûlé les larmes du couchant à tous les noirs.
J’ai su une femme d’accouchements
Enfants de son firmament d’argent
Jusqu’à la pierre de leurs morts.
Maman.
Ut le 31/08/2009
Photo Dinosiria
Sur la plage les gens sont occupés à eux-mêmes:
Il y a ceux qui gonflent: les ballons translucides, les brassières des petits.
Il y a ceux qui s’habillent, se déshabillent, en faisant semblant d‘être invisibles.
Il y a ceux qui dorment ou bouquinent, à plat sur le sable, vides autour.
Il y a ceux qui regardent je ne sais quoi sur leur peau, dans leur maillot; qui époussettent un peu de sable.
Il y a moi qui me coiffe. Le temps que je passe avec mes cheveux… c’est pas croyable!
Sur la plage chacun s’occupe de son petit bout de serviette à bonheur. Sans pudeur. A rien faire.
Mais si tu regardes vraiment...
On dirait que le vent est par-dessus tout ça; comme un étranger qui se mêlerait de ce qui ne le regarderait pas:
Le vent défait, envole, sable....
Même là-bas, loin dans l’eau qu’il dispute, sans parvenir à la mettre en colère...
Hier...
Hiver...
Ut le 30/08/2009
Il y a plein de voix que maltraite le vent. Ca fait des puzzles de sons; des hachures.
Elle n’entend pas bien. Mais mieux que dans la vie, quand même; c’est sans doute parce qu’il fait nuit.
L’anonyme est assise, comme un petit paquet qu’on n’aurait pas ouvert, sur la dernière marche du rude escalier de bois; au pied de son matelas par terre.
Le petit chien à taches blanches, taches noires dissoutes dans la nuit, l’avait entendue craquer.
Elle ronflait, puis elle s’était mise à craquer, comme souvent, d’un coup, dans le ventre de la nuit.
D’un coup de mauvais rêve, sans doute. De ceux qui réveillent les douleurs du dos, des hanches, des genoux, des mains, des passés.
Au raz des poutres de bois vieux, il l’avait vue ramper, et puis se recroqueviller, là, devant le vide.
Elle fait une tache sombre et regarde la fenêtre à peine plus foncée que la nuit, en bas.
Il y a une fente de soleil, ruisselante sur l’éternité de l’eau, brisée par les milliers de franges des vagues. Ces vagues qui la bousculent, la troussent, la poussent, la prennent et la rendent; la nagent; mouillé doux. Ventre souple et lisse de houle remuante; ronde.
Et le torrent d’or craquelé se cache sous l’eau quand la mer noye ses yeux.
Le petit chien regarde l’Anonyme sourire; enfin, il sait que c’est un sourire ce fil frémissant, tiré sur les trous des dents.
Alors, même s’il sait que ça ne se voit pas, il remue son moignon de queue, oreilles dressées sur gueule penchée.
Il sait qu’il ne sait pas. Mais pourquoi savoir?
L’Anonyme a récupéré Cali la blanche, tout au fond du souvenir. Ce souvenir étrange, ce jour où elle était enfin devenue fille……..
Ut le 29/08/2009
Eric et Katy auraient dit qu'il y avait une habitation de mystère sur la place tranquille où les vieux du centre à malades prenaient le soleil
et quelques écumes de vent de mer le Dimanche matin.
Il suffisait aux deux enfants de lever les yeux puis la tête, et tout de suite l’imaginaire était accroché aux trois petites fenêtres à minuscules
carreaux sous le toit de l’immeuble numéro trois; des fenêtres qui semblaient comme éclairées d’elles
mêmes: en plein midi-soleil elles suintaient des vagues d’or à brûler le regard; au coucher des enfants elles pétillaient d’orangers, comme surlignées sur la nuit.
Eric avait dit à Katy que personne ne savait le nom des habitants du numéro trois; et pourtant tout le monde se connaissait sur la place aux oliviers. Il disait que même les maîtres du quartier, les patrons des deux bars et celui du restaurant, haussaient les épaules quand on leur demandait qui logeait là; un peu comme s’ils n’aimaient pas être pris en défaut du savoir de territoire. En tout cas c’était ce que lui avait rapporté Mario, l’enfant du bar jaune, un gamin qui restait perpétuellement autour de la fontaine. Il avait dit que son père laissait se lasser les conversations des habitués quand elles hantaient le sujet.
Et puis surtout il y avait le petit chien noir et blanc...
Il sortait de l’immeuble N°3 plusieurs fois par jour, à l’occasion de l’ouverture de la grosse porte de bois vert vieux; il tournait sous les oliviers, reniflait, faisait ses besoins, et rentrait dès que quelqu’un poussait de nouveau la porte de l’immeuble.
Eric et Katy n’avaient jamais vu ce chien tricoter ses petites pattes ailleurs que sur la place.
C’était un chien
avec une grosse tête et des oreilles de lapin toujours mobiles, et des babines noires ciselées comme s’il riait tout le temps. Le blanc de son pelage
était plus vrai que la neige qu’on voit à la télé, et ses taches noires plus cirées que du velours neuf. Il n’avait pas de queue à dire les humeurs, alors on ne savait même pas s’il était content; si il éprouvait quelque chose ou
rien.
Il ne se laissait approcher par personne, et faisait un large écart dès qu’on allait vers lui; et ça sans jamais aboyer, sans jamais gronder. Et même les petits gamins noirs qui se giclaient l’eau de la fontaine n’avaient pas une fois osé courir après lui ou lui jeter des cailloux, comme ils le faisaient aux chats sauvages ou aux pigeons malades.
Eric disait à Katy que c‘était un chien muet dedans comme dehors...
Pour de vrai, il pensait que c’était un chien de lumière et de silence, tout comme les petites fenêtres là haut dont les enfants étaient persuadés qu’elles l’abritaient.
Ut le 28/08/2009
Avec la
participation de SO FLOU
Femme comme volupté…
Celle qui bat au profond de l'oeil, comme un sourire en coin.
Celle qui parle, fort et vite et mouillé, sur la pulpe de la lèvre maquillée, entre ouverte.
Celle qui rit à dents
perlées, cou levé, regard clos; respiration.
Elle
pose; sage, mains croisées sur l’intime, pour écouter, tête penchée;
crinière indomptée qui refuse l’arithmétique du peigne.
Elle avance une chaussure si fine, si aérée, que le pied s’y déshabille,
s‘y pose à peine; et glisse quand elle marche, fier de son impudeur.
Elle picote avec les doigts son repas,
En bavardant;
souffle parfumé. Chant.
Elle cliquette à peine ses bijoux, avec tous ses gestes:
Arrondi du
bras, fourreau d’air qui s’interrompt, suit la main, les doigts; qu’elle grignote; doigts nacrés, ronds et pressés.
Et tous ces petits bruits d’elle, comme le message qui toc le portable, qu’elle porte
toujours avec elle.
Et toutes ses odeurs où on rentre.
Et ne pas être jolie, mais rester belle; même au bord de l’âge.
Elle,
Volupté innée….
Luxuriance…
...Et je n’en reviens pas qu’elle dise «les gens que j’aime», en parlant de moi,
brune et sévère; fermée.
...Et elle se défait
Sur un coup de fil.
Ut le 25/08/2009
Pas de rhubarbe au marché: j’ai regardé devant derrière, parce que parfois les choses désirées se cachent; j’ai failli la confondre avec des céleris en branches (heureusement il y avait une
ardoise, pour le nom et le prix)…
Non, pas de rhubarbe au marché ce matin.
Mais j’ai lu de jolis refrains, comme les cébettes, les potirons.
J’ai entrevu quelques éclairs, comme ces piments verts, rouges; petits firmaments brûlants.
J’ai reçu le gitan violoniste, de l’autre côté du soleil, aussi tanné que son instrument, qui arpègeait pour une vieille femme lourdement penchée sur son aumône.
J’ai entendu une maraîchère en tablier vert, qui disait que le porte monnaie des derniers touristes était raide et grincheux.
J’ai respiré des fleurs très fières; et très chères.
J’ai frôlé des tables en terrasse, sans Ramadan, couvertes de mains et de dés et de paroles.
J’ai reçu un sourire d’enfant bouclé; bouclé dans sa poussette, cerné de jambes.
J’ai senti l’air du vent, rouler sous les auvents de tous les temps; accompagner la foule odorante, à peine bruyante.
J’ai croisé mon enfant doré.
Et comme je n’avais rien pour t’écrire tout ça, je suis allée dans le grand magasin, rayon fournitures de rentrées, payer un crayon et un cahier.
Et je suis restée debout sur le pavé d'été, mes paquets à mes pieds, le cahier trop grand, le crayon trop
fin.
A tenter de te dire.
Ut le 25/08/2009
Chien, comme un écheveau de poils noirs et blancs, dévalait les cinq étages au raz des marches.
Comme toujours, il était accompagné de l’espèce de cliquetis, comme un bruit d’aiguilles à tricoter qui iraient à toute vitesse: le bavardage de ses griffes sur les
tomettes.
Il s’arrêta net devant la lourde double porte de bois: elle était fermée! Pourtant Chien était descendu parce que son oreille droite
avait entendu le noir Monsieur balafré du troisième double verrouiller sa porte, et glisser sans presque un bruit sur les marches; aussi parce que sa truffe avait senti la rauque odeur
de fumée que cet humain traînait toujours avec lui, et qui n’en finissait pas de se méandrer longtemps dans tout l‘immeuble.
Chien approcha sa gueule en un mouvement de va et vient, suivant la règle chuintante du vent qui s'engroufrait par l’interstice du bas des deux battants clos sur l‘immeuble numéro trois. Le vent flairait bon une vieille odeur de poisson; sans doute les victuailles à jeter que le restaurant d’à côté venait d‘entreposer. Contre le battant droit ça sentait l’homme noir; Chien n’avait pas été assez rapide, ou l’homme avait fait plus vite que d’habitude: il venait de laisser la porte se claquer derrière lui.
Chien se tourna sur lui-même: il avait une fichue envie de faire pipi, et dans l'entrée de l'immeuble, c'était impossible!
Finalement il s'assit sur son cul blanc d'où dépassait un mognon de queue à bout noir; il leva sa gueule noire et
applatie; il orienta ses grandes oreilles, noires à la base, blanche en haut, là où c'était fin et rond comme un pavillon translucide; bien droit; attentif; face à la porte.
Chien n'avait aucune notion du temps; il ne savait pas depuis quand il attendait. Simplement il avait mal au bas du ventre, comme si le liquide chaud qui sert à marquer le territoire allait
exploser dans son petit corps tendu de muscles.
Il grognait tout doucement; faisait de temps en temps un tour complet sur lui-même; reprenait son attente.
Quand enfin la porte de bois vert s'ouvrit lentement, il fila par la fente d'air, sans même regarder qui entrait.
A l'odeur, c'était la maigre asiatique... il avait bien fait d'aller vite: quelques fois elle lui envoyait un sale coup de pied quand il se faufilait entre ses jambes: ces deux piquets gainés d'un épais tissu gris reniflant une méchante vieillesse de crasse froncée.
Dehors c'était vide de soleil glacé par le vent.
Chien avait épaissi son poil depuis quelques temps, depuis qu'il
faisait si froid, mais ça ne suffisait pas aujourd’hui... il frissonna poil à poil, puis courut jusqu’au plus proche olivier, et pissa longtemps; longtemps….
Flash. Pose. Flash flash. Pose.
Cartons. Soies. Nus.
Filles maigres qui viennent, qui s’en vont; regards exsangues.
Cris. Ordres. Jurons. Exclamations.
Le Beau artificiel; sous des lumières d’or faux.
Foule bruissante, applaudissante. Critiques.
Femmes, femmes, femmes; même les hommes.
Musique. Musique. Trop fort!
Fatigue. Usure. Brûlure.
Solitude.
Sniff.
Terreurs. Rires automates. Echos des talons qui claquent. Claquent. Flashs flashs.
Images. Couvertures. Unes. Papier glace.
Faims. Aéroports.
Soifs. Alcools. Encore.
Taire la parole.
Mal les dents.
Mal le ventre. Qui ne saigne plus jamais.
Mal les jambes. Mal le dos.
Froids.
Sommeils hallucinogènes.
Il fait nuit. Dehors les vies se sont recouvertes de silence.
L’Anonyme s’est assise, sans un frôlement d’air, sur le coin gauche du vieux canapé encore un peu vert.
Elle n’a pas La télé. Ni Les informations. Ni plus aucun de ces mots en ions, qui s’entreclaquent, pour empêcher la pensée, dépenser le temps.
On dirait bien qu’un petit chien noir et blanc ronronne, truffe humide posée sur une vieille main.
Ut le 24/08/2009
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