
Ce matin
Tu sais quoi? Ce matin, alors que le ciel du jour à naître était encore blanc de froid; que les passants emmitouflés serraient leur chaleur sur leur corps, furtives ombres pointues; que les
voitures étaient enfermées dans la buée humide de la nuit à faire mourir de froid les sans abris.... l’air trimbalait, toute mince et timide, à peine perceptible, cette espèce de langueur douce
et molle et rose qui imbibe la respiration des printemps du Sud.
Les loupiotes jaunes de la ville n’éclairaient déjà plus rien: à l’est une écume de brume s’étirait dans un léger saignement, presque immédiatement lavé de bleu pâle… Et à travers la buée de ma bouche, je voyais le sol scintiller de dedans, comme déjà soyeux de soleil, de cette chaleur qui souvent le fait fondre au plus brûlant de l’été.
L’hiver des bourrasques comme des cheveux de glace à s‘infiltrer partout; l’hiver des cascades rageuses de toute l’eau gelée du ciel; l’hiver est à l’agonie.
Et mes mains gercées, et mes yeux en pleurs, larmes crissantes de froid,
retrouvent d’un coup mémoire de la caresse du vrai temps à vivre, à respirer la lumière qui déshabillera les corps et bronzera les peaux blanches de toute cette glace qui a éteint tant et tant de
jours gris.
Ce soir
Presque Feu Monsieur soleil fait le beau au raz d’une haie de poteaux, fils électriques, grues… enfin, décors ferrailleux, découpes d’ombres noires au-dessus de la ville.
Il nargue le ciel et tente de teindre tout l’espace d‘or brûlant; d‘inonder chaque aiguille d‘ombre.
Il brûle jusque dedans la tête, à raviver sans prévenir des souvenirs d’eau salée, de sable blond, de bien être anéantis de chaleur.
Presque Feu Monsieur Soleil est habitué aux louanges et adorations, et il ne se gêne pas pour pavaner sa splendeur partout.
… Sauf qu’il oublie que là, ce soir, il est à deux doigts de mourir dans une griffure de sang.
Sauf qu’il a déjà oublié comment l’eau a su l’éteindre…
Mais il fait semblant de rien, il aveugle même des copeaux de nuages, noirs dessus, cuivre dessous, qui eux n’ont pas compris que l’hiver est à l’agonie.
C’est la bataille du printemps à l’aube d’une nouvelle nuit qui finira encore plus tôt qu’hier, morte incendiée par presque Feu Monsieur Soleil.
Quand même, je trouve qu’il exagère avec sa queue de paon enguirlandée de couleurs, parce que ça y est, déjà il n’éclaire plus rien: le ciel s’est dégagé d’un coup de noir de ce collier un peu encombrant, et s’allonge tranquillement, doucement, presque perfidement sur ce qu’il reste de nuit à l’hiver.
Même la mer ne ressemble plus à de l’eau, mais à une barre rocheuse figée dans l’ombre des heures à sommeil; en perpétuels ourlets de silence.
Et paf, le soleil a pirouetté derrière l’univers, victime de toute cette ombre qui calfeutre si bien la lumière….
…Demain sera un autre éclat.. Ou pas… Mais sûr, on y va, vers l’été :)
Ut le 18/02/2009
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