
Etre au
bord du matin, d’un jour dont on ne sait rien encore.
Du doré bien calé dans l’ai bleu perce la pièce à écriture, pose sa géométrie nette et précise, calculée depuis que le soleil existe.
C’est un matin de fin de semaine: il n’y a pas encore de projet.
Si, un: combler l’attente de ma première cigarette. Cette lourde dépense volatile qui comble les poumons et ronge les bouches. Ce poison à calmer le manque.
Le manque de rire.
Le manque de dire vrai et de donner sans honte.
Le manque du sein qui n’a jamais allaité.
Le manque de moi qui ne me suis jamais rencontrée.
Presque nerveuse au bord d’un matin.
La cloche d’une église coule sa note par les ruelles, annonce joyeusement le présent de huit heures à mes doigts qui cherchent le mot suivant.
C’est tout bête. Il suffit de croire au temps.
Le temps qui sonne dans les cloches et dans les montres.
Le temps qui creuse les joues et plisse les cous et rapetisse les silhouettes.
Le temps qui grandit les enfants et isole les mères.
Justement ce temps là qui n’existe pas dans l’encre.
Que la première cigarette trotte en fumée.
Le temps n’est qu’une éternité calculée. Il n’y a que les fous qui connaissent la route pour l’enjamber.
La folie du bord des âmes.
Celle qu’on combat avec les médicaments.
Tu sais pourquoi il ne faut pas dire « Plus jamais? »
Parce que la mer enroule l’infini, bercée par l’air qui donne le tempo à l’écume perpétuellement balancée, maîtresse de
toutes les naissances; érosion de toutes vies.
Il faut dire « Toujours », jusqu’à ce que le premier mégot soit écrasé vif dans le cendrier.
Jusqu’à ce que le fiston se lève, le petit chien sur ses talons, pour reprendre le rire insouciant de l’adolescence qui ne coure pas encore.
Je vais lever les yeux de l’encre, sourire à cette jeune vie, et faire le lit de ma nuit.
Ut le 09/05/2009
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