
Les nuits d’été, de canicule et de chants d’alcool, ils ne l’arrêtent pas, le cliquetis lamé d’argent de la petite fontaine.
A l’aube grise encore, l’Anonyme n’a qu’à pousser de sa vieille main le tissu accroché qui sert à isoler sa nuit de celle des autres, et l’eau lui coule à l’âme, curette les terreurs du sommeil, abreuve un instant les deux minuscules pics noirs et secs qui lui servent de regard.
Peut-être alors se souvient-elle?
Et le petit chien de silence pose sa gueule délabrée et ses deux pattes avant sur l’appui de la fenêtre, son corps étiré tout contre le marécage de tissus de son aimée. Ses yeux de poisson s’éteignent et se frottent à l’Anonyme, obligent une caresse; d’abord étourdie, puis consentie. Il pousse le reflet d’autrefois à sa place dans le vieux corps aigu, là où tous les fantômes des humains se promènent en liberté, en toute impunité, dans le noir des mots tus.
Les animaux connaissent bien cette dépression impuissante chez les humains; c’est pour ça qu’ils sont sans paroles.
Le petit chien noir et blanc sait aussi que si l’Anonyme se perd dans un de ces reflets d‘autrefois, alors il n’aura plus personne à protéger.
L’Anonyme grinçouille un peu son corps, reprend son pas inégal, s’éloigne du cisaillement perlé de la petite fontaine tout en bas; le petit chien en pirouettes autour d’elle.
Une cloche pointue rapporte le temps.
Ut le 15/08/2009
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