Vendredi 21 août 2009 5 21 /08 /2009 07:49

 
Il y a quelque chose que le petit chien noir et blanc ne sait pas.

C’est ce qu’il se passe lorsque l’Anonyme lave les escaliers des autres.

C’est rien laver: on plouf la serpillère par terre, on courbe un peu le dos, on essaie de ne pas serrer trop fort le manche à balai qu’on pose sur la serpillère, et on navigue sur les marches: un coup à droite; un coup à gauche.

Et on descend les marches à reculons, le cul dans le vide, la serpillère sous le nez.

Ca laisse tout le temps de penser.

Ce qui est difficile, c’est de ne pas connaître les mots, pour penser: à chaque fois l’Anonyme a ce dilemme dans la tête: les mots lui viennent dans une langue, et elle se souvient dans une autre.

Il lui faut mettre beaucoup de concentration pour traduire!…

Alors quelques fois l’Anonyme voit une enfant claire; et d’autres fois elle est noire; comme le petit garçon perdu, celui qui écoutait la prière. Mais ça n’avait rien à voir.

Les tôt matins d’été c'est plus facile: les gerçures font moins mal; le corps semble plus souple, moins grimaçant; un peu comme un filet d’air sous les ans.

Comme aujourd'hui, sur le balancement de serpillère d’Août.
l’Anonyme entend même quelque chose suinter de son corps: un genre de plainte éraillée; d’accouchement; d’expiration rauque….

Cette fois là la petite fille est comme du cuivre. Et elle rit avec de petites dents très blanches; et l’Anonyme est sûre qu’elle éclabousse de taches de rousseurs le soleil du ciel. Ailleurs.

…Et la comptine était revenue; comme ça; avec une odeur âcre de lait maternel; le feutre ocre des grains de poussières de terre.

Une piqure de bonheur diaphane. Eternel.

l’Anonyme redresse son corps qui coince. Et elle pose sa main d’os sur le coin de son dos, celui qui fait mal depuis si longtemps; puis la main rabat plus encore le fichu sale sur ce qui n’est plus son visage, puisqu’elle ne se regarde jamais plus.
Alors on ne voit qu’une ride sèche à la place de la bouche; et elle secoue la serpillère dans le seau, elle brouille l’eau, comme pour effacer un mensonge.

D’ailleurs elle n’en a rien transpiré au petit chien: tromper; se tromper; ce serait bien trop grave; surtout ce petit manège pur tout autour d’elle, sur la place vide, à la fontaine tue.

Ut le 20/08/2009

Par Ut - Publié dans : Nine - Communauté : Les fous du désarroi
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