
L’hôtel qui fait toujours la marche entre une gare et sa ville, était ici enguirlandé de néons jaunes et verts. Rien de
plus laid, bêtement sinistre.
France poussa quand même la porte en verre dépoli et humide de nuit. Dedans il faisait chaud, et ça sentait comme dans tous les hôtels du monde : un espèce de moisi à moquette.
Il y avait un grand mec chauve à l’accueil. Pas trop propre, apparemment; ce devait être, encore, le veilleur de nuit.
Il regardait France avec un drôle d’air, comme s’il n’arrivait pas à se souvenir d’elle. France fit comme si de rien; que c’était normal ces yeux de pieuvre glauque sur elle, et elle demanda une
chambre. Le mec lui dit oui, mais qu’elle ne paierait que le lendemain, parce qu’il était le veilleur de nuit et qu’il n’avait pas le droit d’encaisser.
France secoua la tête, prit la clé moite de la main trop blanche et trop molle de l'homme, et fila dans l’escalier.
Normal, l’escalier : étroit, moquette rouge et tachée, barres de faux cuivre pour faire doré à chaque
marche.
Le couloir vers sa chambre était vide, à peine brouillé de veilleuses jaunes.
... Et d’un coup une déferlante de chasse d’eau inonda l’espace comme une vague indécente. France se précipita vers la
porte de la chambre marquée 115, pour ne pas avoir à rencontrer l’utilisateur des toilettes... Trop tard! Au moment où elle allait entrer, sa bulle à respirer toute seule fut lentement déchirée,
tout près, par une respiration en poussières de poumons.
Regard irréfléchi, furtif, de biais sous les cils: c’était un gros homme poussif, ventre devant, charentaises délabrées
aux pieds, tricot de corps taché et dégringolant sur long caleçon marron qui n’arrivait pas à remonter jusqu’au nombril dilaté.
France baissa les yeux, et son visage était absent, comme si jamais de la vie elle n’avait entendu une chasse d’eau ou même su que quelqu’un la frôlait.
Elle s’enferma dans la chambre 115. Ca commençait vraiment mal…
France détestait les hôtels parce que l’impression de solitude y est enfermé au milieu d’inconnus qui salissent le silence de leur impudique intimité.
Ici il y avait eu en plus le veilleur de nuit et l’homme aux toilettes dont elle entendait qu’il claquait, sur
une dernière expiration sifflante, la porte de la chambre contigüe à la sienne.
France était une sorte d’associale qui n’acceptait les autres que s’ils ne se frottaient pas à sa vie; que quand elle
pouvait les respirer sans qu’ils ne se doutent de son existence; que quand il n’y avait aucun danger qu’ils la pénètrent.
Elle posa son sac à dos par terre, s’assit sur le lit à l’inévitable dessus vert à vagues et à franges, et ses
lèvres se mirent à bouger toutes seules.
Puis elle se leva, poussa une porte en plastique qui s’ouvrit en accordéon, et se lava vigoureusement les mains, debout
dans le minuscule triangle qui servait de salle de bain... Pas de toilettes…
Ensuite elle tira loin de l'unique fenêtre le rideau accordé aux néons de l’enseigne : grosses fleurs vert sombre sur fond vert clair; souleva le loquet qui fermait deux vieux volets de bois… et
son regard prit, en vrac, la ville scintillante en bas, le ciel si loin, si noir, allongé par dessus tout un silence immobile... Enfin France était seule, et tout ce temps endormi, si près et si
loin, gomma d’un coup passé et avenir.
Elle eut un long frisson, comme si un orage évacuait son corps et mettait un rire sous sa peau.
Au bout du ciel il y eut une déchirure opale, et elle sut que le drap de la nuit allait se froisser et pousser le jour dehors.
Elle resta à la fenêtre ouverte jusqu’à ce que le ciel se mit à saigner; jusqu’à ce que l’indécent grondement des machines à laver les saletés des hommes de la ville écorchent le silence.
Alors elle s’allongea toute habillée sur le couvre lit ; et s’endormit sans s’en rendre compte.
France avait quarante deux ans; elle était petite, brune, mince, avec un visage trop aigu, sans paupières, et juste de longs cils pour ranger des yeux trop noirs.
Quand elle dormait on aurait dit une madone; quand elle regardait on aurait dit un enfant ou un fauve: c‘étaient ses yeux qui décidaient.
Et le téléphone portable qui ne la quittait jamais la réveilla.
Il faisait presque nuit, et d’abord France crut qu’elle s’était assoupie quelques minutes: par la fenêtre ouverte le
ciel commençait à éteindre la chambre. C’est alors qu’elle se rappela s’être couchée dans le cri sanglant de l’aube...
Elle avait dormi tout le jour.
France s’assit, passa ses deux mains partout dans ses cheveux courts, et répondit au téléphone.
Une voix d’enfant disait Maman. France sourit et se mit à chuchoter.
Après, on l’avait vue dans la basse ville de Toulon, un peu hésitante, un peu à la dérive, comme quelqu’un qui marche vers rien.
Quand enfin elle fut sur une petite place avec une fontaine à sept côtés; avec des oliviers courts et silencieux; avec
un immeuble numéro trois qui portait tout en haut des petits carreaux liquides de l’or mourant du soleil, France sourit - du même sourire qu’à la voix d’enfant dans le téléphone tout à
l‘heure.
D’ailleurs elle prit son portable, et on l’entendit parler doucement.
Ut le 20/11/2009
| Février 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
|
||||||||||
Donc c'est officiel : tu es mon critique attitré ... si tu le veux bien :)
Je t'embrasse Stellamaris.
Ton écriture est plus épurée, sans trop de "marques Ut" partout ...comme tu fais parfois un peu... trop...(tu ne m'en veux pas? je te le dis parce que c'est mieux et tu as trouvé toute seule comment faire, c'est bien) ;)
Pour moi c'est le début d'une longue histoire, la fin, même si elle est belle, vient trop vite, est trop facile. Arrête-toi quand le téléphone sonne et reprend souffle, puis écris encore une centaine de pages... Il y a matière.
Encore.
Bizzzzzzzzzzzzzz
Quand à l'histoire elle-même, elle fait partie de mon récit sur l'Anonyme (dans : tous mes autres blogs, ou un truc comme ça :))
Et surtout n'enlève jamais rien à ta façon de me dire : constuire se fait sur la critique saine et vraie!! Une vraie critique d'une vraie amie :)
Bon dimanche Semeuse.
Croc!
Ce récit est la suite de mon écrit sur l'Anonyme (à droite:))
Bises... j'ai plein de choses à lire chez toi....
Elle te cherchait France ? tu es son enfant ?
Je retrouve la place, les trois fenêtres....
C'est beau
Que deviendrais je sans toi???
Dix mille bisdoux pour ce jour; et puis pour demain un peu aussi :)
France a l'air un peu paumée et en plus n'a pas de chance avec ce receptioniste qui doit dormir a moitié et cet homme qui sort des toilettes, sale comme un peigne, puis elle s'endort et ne se reveille que bien plus tard!! c'est tres bien raconté et j'imagine
Bisous pour ton week end
Jacques
Doux dimanche à toi.
Merci.
Merci.
Bon dimanche Marlou.
rire
J'aime beaucoup l'ambiance que tu donnes, j'aime suivre France d'un regard amical...
Bisous
Ps j'aime bien le regard d'enfant mais je n'ai rien contre les reards de fauve!
rire
France n'est rien de tout cela... elle se dirige vers l'Anonyme :(
J'ai fait exprès de ne pas regarder l'article suivant celui où tu annonces ton départ pour les courses de Noêl.... je me régale d'avance....
Bon dimanche Mathéo??? (sourire)
Doux dimanche...
J'aime la solitude de France à la fenêtre. Cette solitude grande, qui domine la ville avec vertige, la ville grande.. bien moins grande encore que la solitude de France...
Une suite (s'te plait UT) !
La suite? Un de ces jours, dans l'Anonyme....
J'espère qu'il ne fait pas trop froid chez toi ; ou alors que tu es sous la couette à déguster un de tes bouquins préférés.
Je t'embrasse Danièle.
Tu décris très bien cet instant de la prise de connaissance ( qui n'est pas toujours prise de pouvoir) sur l'espace d'une nuit ) et l'on se prend à imaginer une suite...
Je t'espère un doux dimanche.
Baisers Viviane.
Parfois je m'y retrouve
Amicalement - daniel
Moi aussi, j'aime!!!
Bon dimanche à toi.
j'aime ta plume qui libère des mots inédits et des images insolites
big bisous vers toi
Tout autant de bisous vers toi....
Bonne soirée à toi, je t'embrasse fort
Bises d'un soir de pluie
Baisers d'un jour bien gris....
Merci de ton amitié, je l'aime.
belle nuit à toi!!!
Belle nuit à toi aussi Semeuse.
Gros bisous enthousiastes à toi Ut
Il va falloir que je t'inclue dans l'Anonyme.....
j'assimile avant de continuer;
tes peintures orales de ces femmes sont tellement parlantes qu'il suffit de fermer les yeux pour les voir ; et cet hôtel minable .. ses odeurs .. enfin le sourire , la vie qui reprend .. j'adore !
bises à toi
Je t'embrasse.